L’embolisation des artères prostatiques est une technique mini-invasive utilisée pour traiter les symptômes liés à l’hypertrophie bénigne de la prostate (HBP). Mais une question revient souvent chez les patients qui envisagent cette intervention : les résultats sont-ils durables dans le temps ?

Une étude portant sur 1 550 patients, suivis jusqu’à dix ans après leur embolisation, apporte des éléments particulièrement intéressants. Les résultats montrent une amélioration durable des symptômes urinaires et de la qualité de vie, avec un taux de succès clinique qui reste élevé plusieurs années après l’intervention.

Une étude menée auprès de 1 550 patients

Les résultats ont été présentés par le radiologue interventionnel Tiago Bilhim lors du congrès annuel 2019 de la Cardiovascular and Interventional Radiological Society of Europe (CIRSE).

L’objectif était d’évaluer les résultats de l’embolisation des artères prostatiques chez des hommes présentant une hypertrophie bénigne de la prostate associée à des symptômes urinaires modérés à sévères.

L’étude a analysé les données de 1 550 patients traités entre mars 2009 et février 2019.

Quels éléments ont été évalués ?

Les chercheurs ont suivi plusieurs indicateurs permettant de mesurer à la fois les symptômes ressentis par les patients et les résultats objectifs du traitement :

  • le score IPSS, qui mesure la sévérité des symptômes urinaires ;
  • la qualité de vie ;
  • la fonction érectile à travers le score IIEF-5 ;
  • le volume de la prostate ;
  • le débit urinaire maximal ;
  • le volume d’urine restant dans la vessie après la miction ;
  • le taux de PSA.

Ces paramètres ont été évalués avant l’embolisation, puis à un mois, six mois et douze mois après l’intervention. Un suivi annuel a ensuite été réalisé chez certains patients pendant une période pouvant atteindre dix ans.

Des résultats qui se maintiennent dans le temps

L’un des principaux enseignements de cette étude concerne la durabilité de l’amélioration obtenue après embolisation.

À court terme : 88,1 % de succès clinique

Entre un et douze mois après l’intervention, le taux moyen de succès clinique rapporté était de 88,1 %.

Cette période correspond généralement au moment où la réduction progressive du volume prostatique commence à produire une amélioration nette des symptômes urinaires.

Les patients peuvent notamment constater :

  • un jet urinaire plus puissant ;
  • une diminution des envies fréquentes d’uriner ;
  • moins de réveils nocturnes ;
  • une meilleure sensation de vidange de la vessie.

Entre deux et cinq ans : 85,1 % de succès

À moyen terme, c’est-à-dire entre deux et cinq ans après l’embolisation, le taux moyen de succès clinique restait de 85,1 %.

La diminution observée par rapport à la première année apparaît donc limitée.

Ces résultats suggèrent que, lorsqu’un patient répond favorablement à l’embolisation, l’amélioration peut se maintenir plusieurs années.

Entre six et dix ans : 76,8 % de succès clinique

Chez les patients disposant d’un suivi compris entre six et dix ans, le taux moyen de succès clinique rapporté était encore de 76,8 %.

Même si une diminution progressive de l’efficacité peut apparaître avec les années, les résultats observés indiquent qu’une proportion importante des patients conserve un bénéfice clinique à long terme.

Une amélioration durable des symptômes urinaires

Le score IPSS est l’un des principaux outils utilisés pour mesurer la sévérité des symptômes associés à une hypertrophie bénigne de la prostate.

Plus le score est élevé, plus les troubles urinaires sont importants.

Dans cette étude, la diminution moyenne du score IPSS atteignait :

  • 13,5 points à court terme ;
  • 14,1 points à moyen terme ;
  • 13,9 points à long terme.

Ces résultats montrent que l’amélioration des symptômes urinaires observée après l’intervention peut rester relativement stable plusieurs années après l’embolisation.

La qualité de vie reste améliorée jusqu’à dix ans

L’hypertrophie bénigne de la prostate ne se limite pas à un simple problème de débit urinaire.

Les réveils nocturnes répétés, les envies urgentes, la nécessité de rechercher constamment des toilettes ou la sensation de mauvaise vidange de la vessie peuvent avoir un impact important sur le sommeil et les activités quotidiennes.

L’étude montre également une amélioration durable du score de qualité de vie après embolisation.

Cette amélioration était observée aussi bien durant la première année que plusieurs années après l’intervention.

Une réduction durable du volume de la prostate

L’embolisation agit en réduisant sélectivement l’apport sanguin d’une partie de la prostate.

Privé d’une partie de sa vascularisation, le tissu prostatique diminue progressivement de volume.

Dans cette étude, cette réduction était encore observable plusieurs années après le traitement.

La diminution moyenne du volume prostatique était d’environ 18,3 cm³ à court terme et de 16,9 cm³ à long terme.

Cette réduction du volume contribue à diminuer la compression exercée sur l’urètre et ainsi à faciliter le passage des urines.

Quels résultats pour les très grosses prostates ?

L’embolisation présente également un intérêt chez certains patients dont la prostate est particulièrement volumineuse.

Dans cette étude, 312 patients avaient une prostate supérieure à 100 ml.

Les taux de succès clinique rapportés dans ce groupe étaient de :

  • 80,7 % à court terme ;
  • 77,6 % à moyen terme ;
  • 75,3 % à long terme.

Ces données montrent qu’un volume prostatique important n’empêche pas nécessairement d’obtenir une amélioration durable après embolisation.

Le choix du traitement reste toutefois individuel et dépend notamment de l’anatomie des artères prostatiques, de la sévérité des symptômes et de l’état général du patient.

Embolisation et rétention urinaire

L’étude comportait également 156 patients présentant une rétention urinaire aiguë, c’est-à-dire une impossibilité d’uriner normalement nécessitant la mise en place d’une sonde.

Après embolisation, 140 de ces 156 patients, soit 89,7 %, ont pu retirer leur sonde urinaire entre deux jours et trois mois après l’intervention.

Dix patients ont bénéficié d’une nouvelle embolisation et six ont finalement nécessité une intervention chirurgicale.

Ces résultats montrent que l’embolisation peut également être envisagée dans certaines situations de rétention urinaire, après évaluation médicale spécialisée.

Quelles complications ont été rapportées ?

Parmi les 1 550 patients étudiés, les auteurs ont rapporté trois complications majeures :

  • une ischémie de la paroi de la vessie ;
  • une douleur périnéale persistante pendant trois mois, sans séquelle ;
  • l’expulsion de fragments prostatiques associée à une rétention urinaire, finalement traitée par résection transurétrale de la prostate.

Comme toute intervention médicale, l’embolisation n’est donc pas totalement dépourvue de risques.

Elle reste cependant une technique mini-invasive ne nécessitant pas d’incision chirurgicale de la prostate.

Une intervention réalisée par voie artérielle

L’embolisation consiste à introduire un microcathéter dans les artères afin d’atteindre les branches qui vascularisent la prostate.

Dans cette étude historique, l’accès était principalement réalisé par l’artère fémorale.

Les techniques ont depuis évolué et l’accès par l’artère radiale, au niveau du poignet, peut également être utilisé dans certains centres et chez certains patients.

Le choix de la voie d’abord dépend de l’anatomie du patient et des habitudes de l’équipe de radiologie interventionnelle.