Clinical cases
Cas cliniques : embolisation des artères prostatiques
Trois dossiers de patients traités pour une hypertrophie bénigne de la prostate. Les artères prostatiques ont été reconstruites en 3D par nos radiologues interventionnels, afin de montrer concrètement ce que le scanner préopératoire permet d'anticiper.
Comment lire ces cas cliniques
Avant chaque embolisation prostatique, un angioscanner cartographie le réseau artériel du bassin. Nos radiologues interventionnels en tirent ensuite une reconstruction tridimensionnelle, qui rend visible ce qu'une simple coupe ne montre pas : le trajet réel des artères prostatiques, leur origine, et leurs éventuelles communications avec les organes voisins.
Pourquoi c'est déterminant
Les artères prostatiques sont fines et leur anatomie varie considérablement d'un homme à l'autre. Anticiper ces variations avant d'entrer en salle réduit la durée du geste, limite l'irradiation et prévient les embolisations hors cible.
Les trois dossiers ci-dessous illustrent trois situations distinctes : une anatomie standard, une communication artérielle nécessitant une protection, et une variante d'origine. Autrement dit, trois raisons de ne jamais aborder une embolisation sans cartographie préalable.
Ce que l'angioscanner apporte concrètement
L'acquisition est réalisée après injection de produit de contraste, en coupes fines. Le logiciel de post-traitement reconstruit ensuite le volume, que le radiologue fait pivoter dans l'espace jusqu'à isoler le trajet des artères prostatiques. Cette étape prend quelques minutes ; elle en fait gagner beaucoup en salle.
Trois bénéfices en découlent directement. D'abord, une réduction du temps de procédure : le trajet est connu, il n'y a pas à le chercher. Ensuite, une diminution de l'irradiation et du volume de produit de contraste, puisque les acquisitions exploratoires deviennent inutiles. Enfin, une prévention des embolisations hors cible, car les communications avec la vessie, le rectum ou les structures génitales sont repérées avant l'injection.
L'anatomie artérielle de la prostate
La prostate est irriguée principalement par des branches issues de l'artère vésicale inférieure. On distingue habituellement une artère prostatique centrale, qui pénètre à la base de la glande près du col vésical et descend le long de l'urètre prostatique, et une artère prostatique périphérique, qui longe les faces latérales et postérieures avant de pénétrer dans la glande.
À ces deux troncs principaux s'ajoutent des participations accessoires : l'artère pudendale interne, l'artère des canaux déférents et l'artère rectale moyenne. En cas d'hypertrophie, ce réseau se développe considérablement pour irriguer l'adénome — ce qui le rend d'autant plus visible en imagerie, mais aussi d'autant plus variable d'un patient à l'autre.
Pourquoi les communications doivent être protégées
Le réseau pelvien n'est pas cloisonné. Des anastomoses existent naturellement entre les artères prostatiques et les territoires voisins : vessie, rectum, structures génitales. Tant qu'elles restent perméables, les microsphères injectées peuvent les emprunter et emboliser un territoire non ciblé.
La parade est simple dans son principe : occlure la communication avant d'injecter, à l'aide de coils, ces petits ressorts métalliques déployés dans le vaisseau. Le territoire concerné est alors mis hors d'atteinte, et l'embolisation peut se poursuivre sans risque pour lui. C'est précisément ce qu'illustre le deuxième cas.
Clinical case 1
Anatomie standard
Homme · 49 ans
Motif de consultation
- Mictions fréquentes dans la journée
- Réveils nocturnes répétés
- Jet urinaire faible
Cartographie artérielle
Réseau artériel prostatique de disposition habituelle, sans communication notable avec les territoires voisins. La reconstruction 3D permet d'identifier les deux artères prostatiques et de planifier leur cathétérisme.
Les deux troncs sont bien individualisés : l'artère prostatique centrale et l'artère prostatique périphérique naissent séparément et suivent leur trajet attendu.
Clinical case 2
Communication avec l'artère pénienne
Homme · 65 ans
Motif de consultation
- Pollakiurie : mictions très fréquentes
- Réveils nocturnes répétés
- Jet urinaire faible
Cartographie artérielle
Le scanner met en évidence une communication entre l'artère prostatique et l'artère pénienne. Sans précaution, les microsphères injectées pourraient emprunter ce trajet.
Geste réalisé — pratique de 2019
La communication a été occluse au préalable par des coils. Ainsi protégé, le territoire pénien reste hors d'atteinte, et les microsphères se distribuent exclusivement dans la prostate.
Cette anastomose entre artère prostatique et artères péniennes n'a rien d'exceptionnel : elle fait partie des variations anatomiques régulièrement rencontrées. Ce qui compte n'est pas sa rareté, mais le fait de l'identifier avant l'injection plutôt qu'après. Non protégée, elle exposerait à une embolisation hors cible du territoire pénien.
Les coils sont déployés dans la communicante par le microcathéter, sous contrôle radiologique. L'angiographie de contrôle confirme ensuite deux choses : la communicante est occluse, et les artères prostatiques restent parfaitement perméables. L'embolisation ne commence qu'une fois cette vérification faite.
Ce cas date de 2019 et documente une pratique que nous n'appliquons plus : nous n'utilisons aujourd'hui plus de coils. L'évolution de notre technique nous permet de gérer ces communications autrement. Le cas reste présenté ici parce qu'il illustre parfaitement l'enjeu : identifier une anastomose avant d'injecter.
Clinical case 3
Variante anatomique d'origine
Homme · 59 ans
Motif de consultation
- Mictions fréquentes
- Jet urinaire faible
- Douleurs
Cartographie artérielle
Variante d'origine : l'artère prostatique naît de l'artère fessière et non de son point de départ habituel. Une configuration qui, non identifiée en amont, allonge considérablement la recherche en salle.
Intérêt de la cartographie
Repérée avant l'intervention, cette variante a été abordée directement. C'est exactement le type de situation où le scanner préopératoire fait la différence entre une procédure fluide et un échec de cathétérisme.
Dans la disposition habituelle, l'artère prostatique naît de l'artère vésicale inférieure, elle-même issue du tronc antérieur de l'artère iliaque interne. Ici, l'artère prostatique centrale prend naissance sur l'artère fessière, c'est-à-dire sur un tronc postérieur. Un opérateur qui l'ignore cherchera son origine là où elle ne se trouve pas.
Les conséquences d'une telle recherche à l'aveugle sont concrètes : temps de procédure allongé, irradiation supplémentaire, volume de produit de contraste plus important, et parfois échec pur et simple du cathétérisme. C'est l'une des raisons pour lesquelles des patients nous sont adressés après une première tentative infructueuse ailleurs.
Ce que ces cas démontrent
Ces trois dossiers, choisis parmi des milliers de procédures, ont un point commun : dans chacun, la décision technique s'est prise avant l'intervention, à partir de l'imagerie.
- L'anatomie artérielle n'est jamais standard — origine variable, communications avec la vessie, le rectum ou les structures génitales, calibres très fins
- Une communication identifiée est une communication maîtrisable — l'occlusion préalable par coils protège les territoires voisins
- Une variante anticipée fait gagner du temps — donc réduit l'irradiation et la quantité de produit de contraste
C'est aussi ce qui explique que l'expérience de l'opérateur pèse autant dans cette technique. Reconnaître une variante, décider de protéger un territoire, obtenir une embolisation distale et complète : ces gestes s'acquièrent au volume.
Trois questions techniques que ces cas soulèvent
Qu'appelle-t-on une embolisation hors cible ? C'est la migration de microsphères dans un territoire autre que la prostate — vessie, rectum, structures génitales — par l'intermédiaire d'une communication artérielle non identifiée. Elle peut se traduire par des symptômes locaux transitoires. Sa prévention repose entièrement sur l'imagerie préalable et sur le contrôle de la distribution pendant l'injection.
À quoi servent les coils, et pourquoi nous n'en utilisons plus ? Ce sont de fins ressorts métalliques déployés dans un vaisseau pour l'occlure de façon ciblée. Ils ne traitent pas l'adénome : ils protègent un territoire voisin en fermant la voie que les microsphères pourraient emprunter. Nous n'utilisons plus de coils dans notre centre. L'évolution de notre technique nous permet aujourd'hui de nous en passer. Les images du deuxième cas, réalisées en 2019, documentent donc une pratique que nous avons depuis fait évoluer.
Pourquoi une reconstruction en trois dimensions ? Parce qu'une artère prostatique mesure moins d'un millimètre et suit un trajet sinueux dans les trois plans de l'espace. Sur une coupe isolée, elle n'apparaît que sur quelques millimètres. Reconstruite en volume et manipulable, elle devient lisible sur tout son trajet, de son origine à sa pénétration dans la glande.
Votre anatomie est-elle compatible ?
Envoyez votre dossier et vos examens. Nous vous dirons ce que la cartographie artérielle permet d'envisager dans votre cas.
Questions fréquentes
Ces cas sont-ils représentatifs de tous les patients ?
Non, et c'est précisément pourquoi ils sont présentés. Chacun illustre une configuration anatomique différente. Ils montrent la variabilité du réseau artériel prostatique, pas un résultat type. Votre propre anatomie sera évaluée par un angioscanner dédié.
Le scanner préopératoire est-il systématique ?
Il est réalisé dans la très grande majorité des cas avant une embolisation prostatique. Il est particulièrement recommandé chez les patients présentant une athérosclérose marquée ou des vaisseaux tortueux, chez qui le cathétérisme peut se révéler difficile.
Une variante anatomique empêche-t-elle l'embolisation ?
Rarement. Une variante identifiée est une variante abordable : elle modifie la stratégie de cathétérisme, pas la faisabilité du geste. Les situations réellement bloquantes tiennent plutôt à l'état général des artères qu'à leur disposition.
Que se passe-t-il si une communication est découverte pendant l'intervention ?
Elle est occluse avant de poursuivre, comme dans le deuxième cas présenté. L'intérêt de la cartographie préalable est justement de l'anticiper : découverte en cours de procédure, elle allonge le geste et impose une adaptation en temps réel.
Puis-je envoyer mon propre scanner pour avis ?
Oui. Si vous disposez déjà d'un angioscanner ou d'une imagerie pelvienne, transmettez-la : elle sera relue et permettra une première évaluation de votre réseau artériel avant même la consultation.
Faire évaluer votre dossier
Envoyez votre bilan urinaire, votre échographie, votre dernier PSA ou votre scanner si vous en avez un. Nous vous indiquons ce qui manque et si l'embolisation est envisageable dans votre situation.
Centre de la Prostate — Clinique Blomet
136 bis rue Blomet, 75015 Paris · Du lundi au samedi, 9h – 18h · +33 6 32 84 14 31
Pages liées
Responsabilité éditoriale. Contenu médical rédigé et validé sous la responsabilité du Dr Antoine Hakimé, radiologue interventionnel. Dernière revue médicale : septembre 2026.
Confidentialité. Les cas présentés sont anonymisés : aucune donnée permettant d'identifier un patient n'est publiée. Les images sont diffusées avec l'accord des patients concernés.
Information. Ces cas illustrent des situations rencontrées dans notre pratique. Ils ne préjugent en rien du résultat individuel : chaque anatomie et chaque indication nécessitent une évaluation propre.